Je remercie Allah (swt) de nous donner la possibilité de nous rassembler chaque soir pour évoquer la mission d’Aba Abdillah al-Houssayn. C’est le moyen le plus puissant pour protéger et propager son message, au sein de notre communauté comme auprès des autres.
Comme je le soulignais hier, la seule façon de se prémunir du doute et d’empêcher que l’on nous éloigne de l’Imam Houssayn et du Azadari (le deuil rituel), c’est de s’éduquer soi-même sur notre histoire et notre religion. Le Azadari, qu’il s’exprime à travers les majalis, le matame, les nohas, le Sabile ou le port d’habits noirs, est l’expression culturelle et sincère de notre obéissance à l’instruction de l’Imam (a) de raviver et de protéger sa mission. Cependant, au-delà des rituels, la connaissance historique est indispensable pour repousser les doutes qui agissent comme un poison, détachant petit à petit les croyants des commémorations de Mouharram.
Une question revient souvent : comment se fait-il qu’un événement qui ne s’est produit qu’une seule fois soit raconté différemment selon les orateurs, avec parfois des versions qui semblent contradictoires ou modifiées ?
Pour le comprendre, il faut analyser « l’histoire de l’histoire de Karbala » et la façon dont elle nous est parvenue :
1. Le 1er siècle de l’Hégire (L’événement et la tradition orale) : Des milliers de témoins ont assisté à la tragédie d’Ashoura (l’armée de Koufa comptait environ 30 000 hommes, et les survivants de la famille de l’Imam étaient présents). Ces gens ont naturellement raconté ce qu’ils ont vu. Cependant, sous le règne des Bani Oumayya (les Omeyyades), il était strictement interdit de consigner ce crime par écrit. L’histoire s’est donc transmise uniquement de manière orale pendant 70 à 80 ans.
2. Le 2ème siècle de l’Hégire (Les premières écritures) : Avec le déclin des Omeyyades et l’avènement des Bani Abbas (les Abbassides), les premiers historiens ont commencé à interroger les témoins à Koufa (soldats, commandants, ainsi que l’Imam Sajjad et Bibi Zainab) et à compiler des sources primaires.
Pour illustrer ce phénomène, je prends un exemple simple : imaginez que mon téléphone me glisse des mains pendant que je parle sur le mimbar. Les personnes présentes raconteront la scène de différentes manières selon leur angle de vue et ce qui les a marquées (certains diront que j’ai jeté le téléphone sur un enfant, d’autres retiendront la marque du téléphone, d’autres résumeront la scène de façon très générale). L’histoire est une science humaine : chacun perçoit un événement selon sa perspective et accorde de l’importance à des détails différents.
À partir du 3ème siècle, les historiens et les oulamas (savants) ont puisé dans ces sources primaires pour alimenter leurs propres recherches.
• Des historiens non chiites (comme Tabari, Ibn al-Jawzi ou Baladhouri) devaient intégrer cet événement majeur à l’histoire islamique, mais comme il heurtait parfois leur aqida (croyance), ils ont fait des choix. Tabari, par exemple, omet volontairement certains détails ou événements (comme l’événement de Ghadir).
• À l’inverse, des savants chiites comme Cheikh Moufid ont sélectionné les éléments pertinents par rapport à leurs objectifs théologiques et historiques spécifiques.
Malheureusement, nous n’avons plus accès aujourd’hui à ces sources primaires du 2ème siècle. Elles ont été détruites ou brûlées lors des vagues d’attaques subies par l’Empire islamique, notamment lors des incendies des grandes bibliothèques de Cheikh Toussi ou de Sayyid Ibn Tawous. Ce que nous lisons aujourd’hui, ce sont des choix faits par des savants ultérieurs. Les divergences entre les livres ne sont donc pas des inventions ou des falsifications, mais le reflet des priorités de chaque auteur. Sur le mimbar, un orateur peut choisir de s’appuyer fidèlement sur un seul ouvrage (comme Al-Louhouf de Sayyid Ibn Tawous, un savant reconnu pour sa piété) tandis qu’un autre préférera croiser plusieurs textes pour enrichir son récit. Face à cette complexité, la méthode la plus sûre reste de faire confiance aux experts et historiens reconnus.
Massaeb
L’histoire de Janabe Hourr est bouleversante et nous concerne tous. C’est le parcours d’un homme qui a commis un péché extrêmement grave. Pourtant, son destin montre que le repentir (tawbah) est toujours possible.
Le jour d’Ashoura, en entendant l’Imam Houssayn s’écrier : « N’y a-t-il personne pour nous aider ? N’y a-t-il personne pour défendre les femmes du Messager de Dieu ? », le cœur de Hourr s’est réveillé d’un sommeil profond. Face au choix crucial entre le paradis et l’enfer, il a choisi le paradis. Malgré le poids de sa culpabilité d’avoir bloqué l’Imam (a) et terrifié les enfants de Fatima (a), il a avancé vers lui la tête baissée, implorant le pardon de Dieu.
Sur le champ de bataille, Hourr et Zouhayr ibn Qayn se sont battus côte à côte comme des frères pour défendre leur Imam. Lorsque Hourr est tombé, mortellement blessé, l’Imam Houssayn est venu à lui, a essuyé son sang et lui a dit ces paroles magnifiques : « Bravo, tu es libre (Hourr) dans ce monde comme dans l’au-delà. »
Compte-rendu réalisé par l’équipe Shia974 ✨