L’utopie du mahdisme, un mythe ou une réalité ? par Sayed Ammar Nakshwani

Sur la base du madjlis de Sayed Ammar Nakshawani (Ramadhan 2009)

Et enrichi par d’autres recherches complémentaires

Sommaire

1. Le messianisme, un thème commun à toutes les religions
2. Peut-on remettre en question l’utopie associée au mahdisme ?
3. Le nombre 313 : l’armée de Talout
4. Le nombre 313 : l’armée du Saint Prophète (saww) lorsde la bataille de Badr
5. Le nombre 313 : les 313 généraux du Mahdi (as)
6. La présence de Shaytan
7. L’homme à l’époque de la gouvernance du Mahdi (as)
8. Le mahdisme, une utopie parfaite ?

1. Le messianisme, un thème commun à toutes les religions
Aborder le sujet de l’utopie est importante en Islam, spécialement lorsqu’il s’agit de discuter du gouvernement du Mahdi (as). Une utopie caractérise un état de perfection idéal. Cette notion a été la toute première fois utilisée par Sir Thomas More lorsqu’il décrivait une île imaginaire en plein milieu de l’Atlantique (Sir Thomas More a écrit en 1516 : « De optimostatu rei publicae deque nova insula Utopia », connu en français sous le titre abrégé de « L’Utopie ».) Il est fort probable qu’il se soit inspiré des écrits de « la république » de Platon, un des premiers livres de philosophie politique grecque selon Cicéron. Platon décrit dans cet ouvrage ce qui serait la cité idéale (cité au sens grec et philosophique du terme.)

À l’inverse, que serait le contraire de l’utopie ? C’est un monde totalitaire et oppressif alors que l’utopie serait un état parfait où les gens vivraient en coexistence. Pour Platon, l’utopie ou la cité parfaite serait celle où il n’y aurait plus de pauvreté et de misère, qui serait marquée par l’équité et la justice où la population serait tolérante les uns envers les autres, dans le respect de leurs croyances. Ce serait un état pacifique avec peu de lois et où la norme serait la justice. Les gens y seraient capables de discuter et de débattre avec sérénité et tolérance, même pour les questions religieuses.

On se rend rapidement compte que toutes les religions du monde prophétisent un jour où s’établira un état de justice sur terre expurgé de toute forme de tyrannie. Quelque soit la religion que vous prenez, hindoue, zoroastrienne, juive et même islamique, tout estime qu’il y aura un jour un état parfait qui sera porté par une figure messianique. On peut se référer à la biographie de l’Imam Mahdi (as) pour en apprendre un peu plus sur cette notion de messianisme. Par exemple :

· Dans le judaïsme : l’état sioniste est un état où le sionisme est l’idéologie centrale. Pour information, voici une définition, qu’on retrouve dans la plupart des ouvrages : le sionisme est le mouvement national de renaissance des juifs. Il soutient que les juifs sont un peuple et ont donc le droit à leur autodétermination dans leur propre foyer national. Il vise à fixer et à soutenir un foyer national légalement reconnu pour les juifs dans leur patrie d’origine et à lancer et stimuler une renaissance de la vie, de la culture et de la langue nationale juive.

· Dans le christianisme : le monde parfait serait celui où Jésus fils de Marie établirait la paix sur terre. La venue d’un Messie ou « Oint », celui qui reçoit l’onction, qui est choisi par Dieu, est annoncée de nombreuses fois dans l’Ancien Testament. Le christianisme relie ces prophéties à Jésus.

· Dans l’Islam : quelque soit le courant de pensée, un Mahdi attendu établira un état dénué de tyrannie et d’oppression. Ce qui distingue le chiisme et le sunnisme c’est essentiellement le fait que dans le chiisme, le Mahdi est déjà né et se trouve actuellement en grande occultation tandis que pour le sunnisme, cet être est à naître.

Toutes ces analyses n’ont en aucun cas pour objectif de dire aux gens qu’est-ce qu’ils doivent penser mais plutôt de leur montrer comment penser en leur donnant les clés qui les aideront à approfondir ces sujets et se bâtir ensuite leur intime conviction. Nelson Mandela disait souvent : « la seule façon de changer l’Apartheid et de faire progresser la cause de l’égalité c’est d’apprendre aux gens comment penser et non pas quoi penser. » En donnant aux hommes les outils et les méthodes pour penser et réfléchir, ils cessent de devenir des moutons ou de vulgaires antennes : un mouton parce qu’ils suivent sans réfléchir au bien fondé des choses et une antenne parce qu’il répète bêtement sans faire preuve d’esprit critique ou sans même vérifier l’information qu’ils relaient.

2. Peut-on remettre en question l’utopie associée au mahdisme ?
Il y a des arguments pour contester cette idée et cette théorie de l’utopie : peut-on réellement croire que lorsque le 12e Imam (as) réapparaîtra il établira un état dénué de toute forme d’oppression et de tyrannie où les gens seront capables de tous s’aimer et de faire preuve faire de tolérance ? En vérité, le rôle absolument déterminant du Mahdi (as) n’est plus à démontrer, mais penser qu’il puisse un jour y avoir un monde où les gens se diraient salam sans aucune forme de malice, d’envie ou d’hypocrisie parait difficile. Dans ce cas, comment interpréter la tradition du Saint Prophète (saww) qui dit : « Al-Mahdî sera au nombre de mes descendants (min wildî). Il aura une absence et une occultation pendant laquelle les peuples seront égarés. Il réapparaîtra avec les munitions des Prophètes (p). Il la (la terre) remplira de justice et d’équité, de même qu’elle aura été remplie de tyrannie et d’injustice. » [1] Deux arguments majeurs permettent de soutenir cette analyse :

· La présence de Shaytan : un monde où Shaytan est encore présent est nécessairement un monde où le péché et le mal existent encore. Tant qu’il vivra, il ne laissera jamais l’homme vivre en paix. Rappelons qu’il en fait la promesse devant Dieu : « « Puisque Tu m’as mis en erreur, dit [Satan], je m’assoirai pour eux sur Ton droit chemin, puis je les assaillirai de devant, de derrière, de leur droite et de leur gauche. Et, pour la plupart, Tu ne les trouveras pas reconnaissants. » [2] Pour atteindre son but Shaytan possède une arme absolument dévastatrice que le Saint Qur’an décrit de la manière suivante : « le mal du mauvais conseiller, furtif, qui souffle le mal dans les poitrines des hommes. » [3] Shaytan est celui qui murmure aux oreilles des hommes pour l’inviter à commettre des péchés. Contrairement à ce que trop de gens croient, Shaytan ne fait pas faire de péché, il ne fait qu’y inviter. Libre ensuite à l’homme de répondre à cette invitation ou de la décliner. L’homme est apparemment suffisamment grand pour passer à l’acte. Le jour du Jugement, Shaytan dira d’ailleurs aux hommes : « ne me blâmez pas mais blâmez-vous. Je n’ai fait que vous inviter et vous avez répondu. » À chacun donc de prendre ses responsabilités face aux sollicitations de Shaytan. La question qui est posée est donc de savoir comment un monde dénué de mal est possible dans un monde où Shaytan susurre aux oreilles des hommes.

· L’assassinat du Mahdi (as) : beaucoup ont entendu parler de cette tradition (hadith) affirmant que le 12e Imam (as) sera assassiné par une femme juive de la tribu des Banu Tamim. Comment dans ce cas, un état où le 12e Imam (as) se fait assassiner peut-il être une utopie ? Il y aura, à l’époque du Mahdi (as) des gens possédant cette malice et cette volonté de tuer le Mahdi (as).

Ce sont là les deux arguments réfutant la réalité d’un monde sans aucune forme de tyrannie. Cette réflexion est terriblement contemporaine dans la mesure où la croyance dans le Mahdi (as) est une obligation pour tout musulman, même si certaines écoles de pensées estiment qu’il n’est pas encore né. Cela devrait d’ailleurs encourager nos communautés à organiser tous les ans le 15 Sha’ban des conférences où seraient invités les leaders des autres communautés islamiques et ceux des autres religions afin de partager et discuter ensemble la conception du messianisme dans les diverses religions. Mais au lieu de cela, nous nous terrons dans nos centres, refusant de partager ou de diffuser, comme si l’Islam ou le Mahdi était notre seule propriété. Bien au contraire : on parle là d’une religion universelle et d’un Mahdi universel, qui dépassent les clivages de race, de caste ou de culture.

Le Saint Prophète (saww) a dit : « celui qui meurt sans avoir connu l’imam de son temps, meurt de la mort d’un ignorant. » [4] Cette connaissance ne se limite pas à la récitation de la zyarat de notre Imam (as) à la fin de nos prières ou bien la lecture du doua Noudba. C’est important mais il est tout aussi essentiel :

· De s’investir dans des discussions régulières sur le Mahdi (as) et sa position au 21e siècle

· D’approfondir notre connaissance du Mahdi (as), sa biographie, sa parousie et les conditions de son imamat

· De partager et de diffuser ce savoir à travers les médias tant audio, écrits ou de l’image (documentaire, articles, etc.)

Nous sommes dans un monde avec un nouvel ordre. Les développements des technologies, politiques et économiques ont contracté ce monde qui est devenu est un village mondial. Nous vivons une ère de globalisation où la plupart des barrières se sont abrogées ou réduites, permettant une circulation beaucoup plus fluide des hommes et des idées. Avant toute chose, il est essentiel de comprendre ce paradigme et d’en saisir toutes les subtilités. Il faut ensuite se demander si ce nouvel ordre favorise (ou prépare) la parousie du Mahdi (as) ou au contraire s’il tente d’annihiler le message du Mahdi (as). La globalisation n’est pas un mythe, mais une réalité qui est physiquement palpable : qui n’a pas acheté, par exemple, un appareil de marque japonaise, dont les pièces sont fabriquées à Taiwan, dont l’assemblage est effectué en Chine et dont le marketing est réalisé par un groupe français. C’est aussi un ensemble de courants de pensées qui ont déjà entamé une véritable campagne visant à dégrader voire à détruire l’image de l’Islam. Prenons par exemple les grands médias de nos jours, y a-t-il un traitement objectif, impartial et serein des sujets se rapportant à l’Islam? Non, bien au contraire. Tout se réduit à des raccourcis qui font l’objet d’une sur médiatisation et d’un ramdam sans nom. Des gens qui se considèrent musulmans se mettent en avant pour soi-disant représenter l’Islam alors que leurs actes et leurs paroles ne font que dénigrer les véritables principes islamiques. Tout ceci ne cherche qu’à fragiliser le concept du messianisme dans l’Islam.

Traiter la question du mahdisme est fondamentale. Pour disséquer ce sujet, nous examinerons les questions suivantes :

1. On associe souvent 313 soldats au Mahdi (as). Est-ce symbolique ou littéral ? Existe-t-il dans l’histoire le récit d’autres armées de 313 soldats ?

2. Quelle est la conception du chiisme duodécimain sur la question du mahdisme ?

3. Comment est-ce que l’intellect de l’homme a évolué et évoluera à l’aube de la parousie du Mahdi (as)?

4. Y a-t-il eu dans le passé un gouvernement similaire à celui que l’Imam Mahdi (as) mettra en place ?

5. Que dire de l’existence de Shaytan ? Est-ce qu’il fait voler en éclat, par sa présence, le mahdisme ou toute utopie messianique ?

6. Que faut-il comprendre par cette tradition du Saint Prophète (saww), évoqué plus haut expliquant que le Mahdi apportera la justice et l’équité dans un monde plein d’injustice et de tyrannie [1] ? Est-ce une affirmation relative ou absolue ?

3. Le nombre 313 : l’armée de Talout
Le nombre 313 est assez fascinant. Selon les traditions, 313 soldats se lèveront pour rejoindre le Mahdi (as) [5]. Beaucoup se demandent alors pourquoi 313 alors qu’il y a près de 300 millions de musulmans qui s’estiment être des fidèles des Ahlulbayt (as). Comment 313 personnes pourraient-elles faire face à toute l’opposition à laquelle devra se confronter le Mahdi (as) ? Qu’est-ce qui rend ces 313 si particuliers ? Et surtout, y a-t-il eu dans le passé des armées victorieuses de 313 soldats ?

Ces questions révèlent notre manque de connaissance de l’histoire et de cette notion de 313. On n’insistera jamais assez sur l’importance de connaître son passé et son histoire, car c’est nécessaire pour construire l’avenir et pour éviter les erreurs et les schémas du passé.

L’histoire nous a laissé le récit d’au moins deux armées de 313 soldats victorieux. La première armée fût celle de Talout, roi des Bani Israïl environ trois siècles après Nabi Moussa (as). Plusieurs batailles opposèrent les Bani Israïl aux peuples de la Palestine et notamment les Philistins. Lors de l’une de ces batailles, pour galvaniser le courage de leurs troupes, les Bani Israïl amenèrent avec eux un coffre qui contenait des pages de la Thorah et des reliques de grands prophètes décédés. Cette bataille se solda par une cruelle défaite et la perte du coffret. Les Bani Israïl se tournèrent alors vers le prophète Samuel (Shamueel) afin qu’il leur trouve un leader capable de les mener à la victoire. Et par ordre divin, Samuel désigna Talout (Saul) comme leader des Bani Israïl. Le Saint Qur’an raconte :

« N’as-tu pas lu l’histoire des notables, parmi les enfants d’Israël, lorsqu’après Moïse ils dirent à un prophète à eux : «Désigne-nous un roi, pour que nous combattions dans le sentier d’Allah». Il dit : «Et si vous ne combattez pas, quand le combat vous sera prescrit ?» Ils dirent : «Et qu’aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, alors qu’on nous a expulsés de nos maisons et qu’on a capturé nos enfants ?» Et quand le combat leur fut prescrit, ils tournèrent le dos, sauf un petit nombre d’entre eux. Et Allah connaît bien les injustes. » [6]

« Et leur prophète leur dit : «Voici qu’Allah vous a envoyé Talout pour roi.» Ils dirent : «Comment règnerait-il sur nous ? Nous avons plus de droits que lui à la royauté. On ne lui a même pas prodigué beaucoup de richesses !» Il dit : «Allah, vraiment l’a élu sur vous, et a accru sa part quant au savoir et à la condition physique.» Et Allah alloue Son pouvoir à qui Il veut. Allah a la grâce immense et Il est Omniscient. » [7]

Il faut savoir que de tout temps, tous les grands leaders, les prophètes et les Imams (as) ont été désignés par Dieu, comme le verset ci-dessus l’explique. Notez bien l’utilisation du mot « élu », qui est également utilisé dans le Saint Qur’an pour les prophètes Adam, Nouh (Noé), Ibrahim (Abraham) ou encore Ale Imran : « Certes, Allah a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imran au-dessus de tout le monde. » [8]

Lorsque Samuel annonça la désignation de Talout, homme modeste mais non moins droit et courageux, les Bani Israïl remirent en question ce choix, car Talout n’était pas riche. Cette terrible affirmation est l’occasion de faire un aparté sur les critères de choix de nos leaders. Les hommes ont toujours, de tout temps, eu cette faiblesse de croire qu’un dirigeant digne de ce nom doit nécessairement être riche et accessoirement d’un âge avancé. Mais avant tout, il faut qu’il soit riche et d’une grande famille. Quelle bêtise ! Dans le verset précédemment cité, le Saint Coran indique clairement deux des qualités que doivent avoir tout leader digne de ce nom :

· « Allah, vraiment l’a élu sur vous, et a accru sa part quant au savoir » [7] : il est nécessaire d’avoir un dirigeant qui soit érudit, capable de répondre aux questions des personnes qu’il dirige et dont il a la responsabilité. Le leader représente l’autorité, la religion et l’exemple à suivre, à même de dissiper les doutes et les interrogations de ceux qui le suivent que ce soit sur des sujets de jurisprudence, d’économie, etc.

· « Et à la condition physique » [7] : quel est l’intérêt d’avoir un leader qui va fuir l’adversité, la difficulté ou bien les champs de bataille ? Dans tous les combats, devant toutes les difficultés et face à toutes les adversités le leader doit être en première ligne pour montrer l’exemple et pour galvaniser ceux qui le suivent. Ce leader, au-delà de sa bravoure, doit être un modèle à suivre, avoir une personnalité qui inspire et qui crée l’émulation chez les autres. L’argent n’a pas sa place dans cette logique… Sinon le Saint Coran, livre universel et intemporel, l’aurait clairement dit.

Ils acceptèrent finalement de le prendre comme roi et leader. Une armée de 80 000 personnes fut levée pour faire face à Goliath (Jalout) et son armée. Avant de se mettre en marche, Talout annonça à son armée qu’ils allaient traverser une rivière et que toute personne qui boirait de son eau ne serait pas au nombre de ses compagnons. L’armée se mit en route et traversa une région aride avant d’atteindre une rivière. Tous les soldats à l’exception de 313 vont boire de l’eau. Le Saint Qur’an rappelle d’ailleurs cet épisode de l’histoire : « Puis, au moment de partir avec les troupes, Talout dit : «Voici : Allah va vous éprouver par une rivière : quiconque y boira ne sera plus des miens ; et quiconque n’y goûtera pas sera des miens ; passe pour celui qui y puisera un coup dans le creux de sa main.» Ils en burent, sauf un petit nombre d’entre eux. Puis, lorsqu’ils l’eurent traversée, lui et ceux des croyants qui l’accompagnaient, ils dirent : «Nous voilà sans force aujourd’hui contre Goliath et ses troupes !» Ceux qui étaient convaincus qu’ils auraient à rencontrer Allah dirent : «Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Allah est avec les endurants» » [9] Ainsi, 313 soldats réussiront ce test imposé par Dieu. Et parmi eux se trouvait un certain Dawood (David) qui parviendra à abattre Goliath (Jaloot), le chef de l’armée adverse.

4. Le nombre 313 : l’armée du Saint Prophète (saww) lors de la bataille de Badr
Le second groupe de 313 soldats est celui qui ont pris les armes pour se battre aux côtés du Saint Prophète (saww) lors de la bataille de Badr. Cette bataille, qui a eu lieu durant le mois de Ramadhan, fut la toute première de l’Islam. Abou Soufyan ne pouvait pas accepter la réussite de la fuite du Saint Prophète (saww) vers Médine, où, de surcroit, il avait créé une nouvelle nation islamique. Dans sa volonté de détruire cette nation toute naissante, Abou Soufyan va faire croire aux Mecquois que les musulmans ont attaqués la caravane des Mecquois. Abou Soufyan avec l’aide de l’oncle du Saint Prophète (saww), Abou Lahab, va lever une armée de près de 950 soldats pour aller attaquer les musulmans. À Médine, le Saint Prophète (saww) demande aux musulmans s’ils étaient prêts à défendre cette nation naissante. Abou Bakr répondit : « O Prophète de Dieu, ils sont trop fort pour nous. Il est préférable que nous ne les affrontions pas. »

Miqdad quant à lui s’avança pour dire : « Ô Messager de Dieu, avance vers ce que Dieu te montre. Nous sommes avec toi. Par Dieu ! Nous n’allons pas nous comporter comme les Fils d’Israël qui avaient dit à Moïse : “Va avec ton seigneur et combattez. Nous restons ici.” Au contraire, nous te disons : “Va avec ton seigneur et combattez. Nous combattons avec vous deux.” Par celui qui t’a envoyé avec le vrai!… Nous combattrons à ta droite et à ta gauche, devant toi et derrière, jusqu’à ce que Dieu t’accorde le triomphe. » Miqdad était véritablement le représentant des Mouhajiruns, c’est-à-dire les musulmans qui avaient fui la Mecque pour se réfugier à Médine. Le Saint Prophète (saww) disait d’ailleurs : « Allah m’a ordonné d’aimer quatre personnes et Dieu les aime. Ces personnes sont Ali, al-Miqdad, Abu Dharr al-Ghifari, et Salman al Farisi » [10]

Il y avait 82 Mouhajiruns qui décidèrent ainsi de se joindre au Saint Prophète (saww). Le Saint Prophète demanda alors l’aide des Ansars, c’est-à-dire les Médinois qui les avaient accueillis. 231 d’entre eux vont se joindre au Saint Prophète (saww) pour former les 313 soldats qui défendront pour la toute première fois l’Islam par les armes le vendredi 17 Ramadhân de l’an 2 AH. Lors de cette bataille, Imam Ali (as) va abattre près de 35 des 70 Mecquois qui perdront la vie dans cette bataille. 45 furent fait prisonniers. Quatre éminentes figures de la Mecque y perdront la vie : Abou Lahab, l’oncle du Saint Prophète (saww) et le porte-étendard des polythéistes, ‘Otbah, le beau-père d’Abû Sufiyân, Walîd son fils et Chaybah, le frère de ‘Otbah suite aux duels qu’ils avaient lancés et auxquels Ali (as), Hamza, l’oncle du Saint Prophète (saww) et Odaybah, un cousin du Saint Prophète (saww). Du côté musulman, il y eut 22 tués : 14 Mouhajiruns et 8 Ansars. Le Saint Qur’an évoque d’ailleurs le secours divin accordé au Prophète dans cette bataille :

« (et rappelez-vous) le moment où vous imploriez le secours de votre Seigneur et qu’Il vous exauça aussitôt : «Je vais vous aider d’un millier d’Anges déferlant les uns à la suite des autres.» Allah ne fit cela que pour (vous) apporter une bonne nouvelle et pour qu’avec cela vos cœurs se tranquillisent. Il n’y a de victoire que de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. Et quand Il vous enveloppa de sommeil comme d’une sécurité de Sa part, et du ciel Il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous en purifier, d’écarter de vous la souillure du diable, de renforcer les cœurs et d’en raffermir les pas ! [vos pas]. Et ton Seigneur révéla aux Anges : «Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. Ce, parce qu’ils ont désobéi à Allah et à Son messager.» Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager… Allah est certainement dur en punition ! » [11]

Cet épisode des premiers temps de l’Islam nous enseigne trois choses absolument essentielles :

· Qu’est-ce qui a fait la différence entre les 313 et les 950 Mecquois ? Au-delà de l’aide divine que le verset ci-dessus décrit, la conviction, la passion et la dévotion de ces 313 soldats pour leur religion mais aussi cette volonté de créer une nation où ils pourraient vivre en paix et librement leur foi a été très certainement une des raisons de la victoire des musulmans.

· Si nous transposons les choses à notre époque, alors il est plus que légitime de se poser la question suivante : lors de la parousie du Mahdi (as), il fera appel à ceux qui adhèrent à ses valeurs et à ses fidèles. Allons-nous agir comme Miqdad ou faire preuve de réticence comme certaines figures soi-disant éminentes de l’Islam ?

· La bataille de Badr a eu lieu la 15e année de la mission de Saint Prophète (saww), en prenant pour point de départ de sa mission marqué par le premier verset révélé : « Lis au Nom de ton Seigneur qui a créé. IL a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis ! Car ton Seigneur est le Très Généreux, qui a instruit au moyen du calame. IL a appris à l’homme ce qu’il ne savait pas. » [12] Rappelons que la durée de la mission du Messager (saww) fut de 32 ans en tout. Si la toute première bataille de l’Islam, qui plus est défensive, a eu lieu 15 ans après le début de l’œuvre du Saint Prophète (saww), alors n’est-ce pas la preuve que la diffusion de l’Islam ne s’est pas faite par la force de l’épée ? Dans ce cas, pourquoi au 21e siècle serait-il nécessaire d’user et d’abuser de la violence ou des menaces pour amener les gens vers l’Islam ? Sans une adhésion volontaire du cœur et de l’esprit, aucune adhésion à l’Islam n’a de sens. Il faut convaincre, expliquer, partager et démontrer.


5. Le nombre 313 : les 313 généraux du Mahdi (as)

Les 313 soldats qu’on associe au Mahdi (as) sont en réalité des généraux qui auront la charge d’encadrer l’armée de près de 40 000 soldats qui rejoindront le Mahdi (as). [1] Dire que ces 313 seront tous, à l’origine, des musulmans est une erreur monumentale. Musulmans comme non-musulmans peuvent prétendre être au nombre de ces 313. Être parmi les 313 n’est pas un privilège qui serait réservé qu’aux fidèles des Ahlulbayt (as). Ce n’est pas un acquis. Toute personne qui est dans une démarche de recherche sincère de la proximité de Dieu aura la clairvoyance de voir dans le Mahdi (as) un élu de Dieu au moment de sa parousie. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il faut faire la distinction entre le mot « din » qui signifie religion et le mot « Islam » qui littéralement se traduit par soumission. Le « din » est une soumission à des principes ou des préceptes qui favorisent le développement et la proximité de Dieu. L’Islam quant à elle est un engagement absolu à ces principes ou préceptes. Autrement dit, une grande partie des gens ont le « din » à partir du moment où ils sont dans une démarche visant à s’engager sur des chemins qui mènent vers Dieu. Mais très peu ont l’Islam c’est-à-dire un engagement dévoué vers la proximité de Dieu. À partir de là, il n’est pas impossible de voir des gens qui ne sont pas musulmans mais dont le comportement sont ceux des hommes de Dieu : ils veillent sur les pauvres, protègent les orphelins, font preuve de tolérance et de magnanimité, etc. Et inversement, il arrive que l’on croise des musulmans qui sont une véritable honte pour l’Islam. Qui des deux sera le plus légitime ? Qui des deux sera prêt à s’engager auprès du Mahdi (as) en disant : « j’ai longtemps attendu un leader de ta majesté et de ta qualité. »

Si une personne possède les attributs d’un vrai musulman même s’il n’en est pas un, s’il aspire à créer un environnement de paix et d’humanité et s’il est dans la culture de la proximité de Dieu alors il a toutes ses chances d’être parmi ces 313. Le Saint Prophète (saww) disait d’ailleurs qu’un ignorant généreux était préférable à un musulman avare. On ne rappellera jamais assez l’avarice de Mansour Dawaniqui à l’égard des poètes qui venaient se produire dans son palais. On se retrouve parfois face à des musulmans dont l’injustice et la cruauté jettent l’opprobre sur l’Islam. Mais à l’inverse, on rencontre souvent des non-musulmans dont le comportement laisse penser que les principes de l’Islam sont chevillés à leur corps. Un jour après une bataille, une jeune chrétienne fut capturée par les soldats. Le Saint Prophète (saww) demanda qui elle était. Les soldats répondirent que c’était Safana, la fille de Hatim at-Tay. Le Saint Prophète (saww) ordonna sa libération. Devant l’incompréhension des soldats, le Saint Prophète (saww) expliqua qu’elle était la fille de Hatim at-Tay, un homme qui était certes chrétien, mais dont la générosité était légendaire dans toute l’Arabie.

Le Saint Prophète (saww) disait qu’un dirigeant juste est préférable à un dirigeant musulman oppresseur. Et le Prophète (saww) n’a-t-il pas envoyé se réfugier auprès du roi chrétien de l’Abyssinie, An-Najashi (Négus) ses compagnons menacés par les Mecquois ? C’est ce même roi, qui une foi converti à l’Islam qui va réciter le Nikha (cérémonie de mariage) du Saint Prophète (saww) avec Umme Habiba. Au-delà de sa religion, c’était un homme qui reflétait les valeurs profondes défendues par l’Islam. À côté de ce roi, que dire de Muawiya ou de Yazid, deux dirigeants qui se disaient musulmans et qui sont entrés dans l’histoire par l’horreur de l’oppression et de la tyrannie qu’ils ont fait régner.

Les artisans du Mahdisme, ceux qui aideront le Mahdi (as) dans son œuvre ne seront pas tous des musulmans mais des hommes et des femmes ne cherchant qu’à promouvoir et à faire triompher les valeurs divines. Ces personnes auront développé en eux une clairvoyance et une conviction qui les amèneront très naturellement à se rallier sans condition à la cause du Mahdi (as).

6. La présence de Shaytan
Abordons à présent la question de Shaytan : comment peut-on envisager une utopie dans un monde où Shaytan existe encore ? Rappelons que selon nos traditions, Shaytan sera tué par le Mahdi (as). Dans le Saint Qur’an nous pouvons lire les versets suivants relatent l’échange entre Dieu et Shaytan : « Il dit : «Ô mon Seigneur, donne-moi donc un délai jusqu’au jour où ils (les gens) seront ressuscités». [Allah] dit : «tu es de ceux à qui ce délai est accordé, jusqu’au jour de l’instant connu» [d’Allah]. » [13]

La majorité des commentateurs et exégètes du Saint Qur’an estime que « instant connu » ne fait pas référence à la résurrection le jour du Jugement mais à l’instant de la réapparition du Mahdi (as). Shaytan au moment de la parousie du Mahdi (as) sera à la tête de Dajjal. Rappelons que Dajjal n’est pas une personne. On peut même le prendre au pluriel et parler de Dajjals : ce sont et ce seront des mouvements idéologiques, des groupes politiques ou des institutions dont la seule motivation sera de détruire le message originel de l’Islam et celle du Mahdi (as). Comme évoqué dans la zyarat que nous lisons après chacune de nos prières, le Mahdi (as) est l’Imam des hommes et des djinns. Tous les djinns ne sont pas mauvais comme Shaytan. C’est comme les êtres humains : il y en des bons et des pieux qui feront allégeance au Mahdi (as) et il y en a des mauvais qui chercheront à lutter contre lui. Alors, que Shaytan le veuille ou non, le Mahdi (as) a toute autorité sur lui. Plutôt que de se soumettre au leadership du Mahdi (as), il va persister dans sa contestation des commandements divins [2].

Shaytan et ses partisans goûteront à la saveur de la lame de Zulfiqar. Mais attention, cela ne marque pas la fin du mal dans ce monde. Shaytan possède un allié terrible et imprévisible qui se terre bien profondément dans chacun d’entre nous : le « nafs » ou le « moi ». Le Saint Coran parle du « nafs », faisant référence aux frères Habil et Qabil : « Son âme l’incita à tuer son frère. Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants. » [14] Nabi Youssouf dit à propos de ce « nafs » la chose suivante : « Je ne m’innocente cependant pas, car l’âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde, [ne la préserve du péché]. Mon Seigneur est certes Pardonneur et très Miséricordieux. » [15] Le « nafs », ce moi ou cette âme, selon la terminologie qu’en adopte peut conduire un individu à sa perte sur les voies de la turpitude et peut l’amener à adopter des comportements qui n’honore pas l’humain qu’il est. Faisons un petit aparté sur les différents statuts du « nafs » :

· Nafs-e-Ammara : ce « nafs » nous commande de commettre des péchés et nous attire vers des penchants pires que celui d’un animal. Ainsi, quand un animal tue, il le fait pour se nourrir. Mais un être humain peut lui tuer par centaine d’autres êtres humains par simple plaisir. L’homme écrase sa nature divine et se comporte bien souvent selon les désirs et ses caprices qui n’ont pas de limite. Imam Ali (as) a dit : « le nafs est comme un cheval sauvage que vous chevauchez. Si vous détournez votre attention ne serait-ce que d’une seconde, il vous jettera. »

· Nafs-e-lawwama : le mot « lawwama » dérive du mot « lom » qui signifie « reproche ». Lorsque le « nafs » atteint ce stade, l’homme voit sa conscience se réveiller et critiquer les péchés qu’il a commis. Autrement dit, le « nafs-e-lawwama » c’est ce sentiment de culpabilité qui amène souvent l’homme à remettre en question ses actions. Le Saint Coran l’évoque dans le verset suivant : « Mais non !, Je jure par l’âme qui ne cesse de se blâmer. L’homme, pense-t-il que Nous ne réunirons jamais ses os ? » [16]

· Nafs-e-malhama : on pourrait traduire ce mot par l’âme inspiratrice. Le mot « malhama » dérive du mot « elham » qui signifie inspiration. Contrairement au mot « wahy » qui décrit cette relation que Dieu établit avec son Elu, le « elham » dépend du niveau de développement de l’individu. Celui qui atteint ce stade devient tellement vertueux et dévot qu’il développe l’aptitude d’accepter l’inspiration divine.

· Nafs-al-mutmainnah : c’est l’âme satisfaite ou apaisée. À ce stade, le nafs atteint la certitude. L’individu acquiert la certitude du cycle de l’évolution de l’homme et de son retour vers Dieu. En atteignant cet état de certitude, l’homme est capable d’agir conformément à sa conviction qui et celle de la rencontre ultime avec son Créateur. Le jour de Ashoura, Imam Houssayn (as), abaissant son épée, récitera ces versets du Saint Coran : « «Ô toi, âme apaisée, retournes vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. » [17]

Cette certitude est finalement l’objectif de toute une vie, un état de contentement absolu où l’homme ne commet plus de péché et où chacun de ses actes est absolument pour le plaisir d’Allah (swt). C’est en disciplinant son « nafs » que l’homme peut faire preuve d’ouverture d’esprit et de clairvoyance pour dépasser le visible et le dicible pour atteindre l’invisible et l’indicible.


7. L’homme à l’époque de la gouvernance du Mahdi (as)

Imam Sajjad (as) dit un jour à Abou Khalid al-Kabouli : « sais-tu que la meilleure des nations sera celle qui croira au Mahdi (as) ! » Abou Khalid ne comprenant pas, le 4e Imam (as) ajouta : « parce qu’elle croira en un Imam qu’elle ne peut pas voir et parce qu’elle aura la foi en sa parousie. Allah accroitra l’intelligence (Aql), la clairvoyance (Afhan) et la connaissance (Ma’refat) des gens de cette nation à un point qu’ils seront capables de voir ce qui n’est pas visible à l’œil nu. »

Sous le leadership du Mahdi (as), ceux qui sont sincèrement dévoués au Mahdi parviendront à atteindre un état de développement de l’esprit et de l’intellect lui donnant cette capacité à faire preuve de tolérance à l’égard d’autrui, sans aucune considération de race ou de religion. La tolérance est incontestablement l’une des qualités les plus difficiles à acquérir et à développer en raison de toutes les formes d’à priori et d’idées reçues. Être prêt à se lever aux côtés de l’Imam passe aussi par cette culture de la tolérance et par le développement de notre capacité à coexister avec intelligence et bon entendement avec les autres. Les compagnons du Mahdi (as) auront cette qualité.

De nos jours, dans beaucoup de pays il est possible de trouver des rues où juifs, hindous, chrétiens, sikhs, musulmans et athées parviennent à vivre en cohésion, respectant les convictions et les croyances des autres. Il y a quelques dizaines d’années, c’était quelque chose d’inconcevable. Il y a également une chose curieuse et malheureuse. Ces pays où la coexistence est possible ne sont malheureusement pas des pays musulmans. Et pourtant, n’est-ce pas une des plus grandes bénédictions de l’Islam que de permettre cette coexistence des peuples ? Les actualités agitées que nous vivons, très malheureusement, nous ramènent en arrière, favorisant la résurgence de l’intolérance. Comment favoriser la tolérance et la coexistence pacifique ? À travers l’amélioration du comportement, le « akhlaq ». Notre 5e Imam (as) a dit « lorsque le 12e Imam (as) construira sa nation, il placera sa main sur la tête des gens et leurs intelligences seront unies et leurs traits éthiques seront rendus parfaits. » Si de telles sociétés existent, mais malheureusement pas dans des pays musulmans. Mais alors pourquoi est-ce qu’un grand leader charismatique ne pourrait pas rendre ce système parfait et l’appliquer à l’échelle de la planète ?

Une autre question se pose : est-ce que tout le monde sera ou deviendra musulman lorsque le Mahdi (as) mettra en place son gouvernement ? Surement pas ! Car dans ce cas, il serait impossible qu’une femme de confession juive prenne l’initiative d’assassiner le Mahdi (as). En vérité, différentes confessions religieuses coexisteront. Mais le Mahdi (as) sera celui qui expliquera les lois originelles de chacun et qui jugera chacun avec son Livre : il expliquera la Thora, le Saint Coran et l’Évangile aux juifs, chrétiens et musulmans et il rendra la justice à chacun selon le Livre auquel il croit. Une telle gouvernance et une telle société ne seront pas les premières dans l’histoire. Cela a déjà été mis en œuvre par le passé par Imam Ali (as), lors de son califat, depuis la capitale qu’il avait installée à Kufa. Durant ses 4 années et demie de pouvoir, Imam Ali (as) avait bâti une société où le fondement était la justice et l’équité, posant l’édifice d’un califat basé sur la tolérance à une époque où les esprits étaient incroyablement fermés, où les tribus d’affrontaient parfois pour des raisons d’une futilité sans nom et où la discrimination était une norme.

De nos jours, à travers les voyages, grâce au brassage des populations et grâce au caractère cosmopolite des grandes villes modernes nous faisons preuve de plus d’empathie et d’ouverture d’esprit. Nous avons, pour une grande partie d’entre nous, la capacité de travailler ensemble ou de nous assoir avec les autres pour discuter, débattre et partager avec sérénité et respect mutuel, respect des convictions des autres, respect de leurs fêtes que ce soit la fête d’Hanouka, le Diwali, Noël, l’Eid, etc. Imam Ali (as) a de son temps ardemment lutté pour établir une société à cette image et le Mahdi (as) lui va clore ce cycle en terminant la tâche initiée par notre 1er Imam (as).

8. Le mahdisme, une utopie parfaite ?
Le mahdisme n’est absolument pas une utopie absolue : rien à part Dieu n’est parfait et il n’y strictement rien d’absolu. Tout n’est que relativité. Avant que l’Imam (as) ne réapparaisse, le monde sera pour trois quarts remplis d’injustice et d’oppression et pour un quart fait de justice et d’équité. Après la parousie du Mahdi (as), le rapport s’inversera : le monde sera pour trois quarts rempli par la justice et l’équité et pas intégralement. Des gens commettant des injustices existeront toujours, des injustices contre Dieu, contre les autres ou contre soi-même. L’arrogance, l’envie ou la cupidité ne disparaitront pas d’un claquement des doigts. Mais il y aura un leader juste, universel et modèle pour le genre humain qui veillera au bon respect des lois et règles d’essence divine et jugeant les hommes avec justice et équité.

Nous lisons dans le doua Iftitah, transmis aux musulmans par le Mehdi (as) en personnes, les lignes suivantes : « O mon Dieu ! Nous désirons de Ta part, un État honorable par lequel Tu rends puissants l’Islam et ses adeptes, humiliés l’hypocrisie et ses adeptes, et dans lequel Tu nous places parmi ceux qui appellent à Ton obéissance, qui conduisent vers Ta Voie ; et grâce auquel Tu nous accordes l’Honneur de ce bas monde et de l’Au delà. »

L’« état honorable » évoqué par ce doua fait référence au gouvernement du Mahdi (as). Cet extrait est une invitation à la réflexion suivante : qu’avons-nous fait à ce jour pour contribuer à l’établissement du gouvernement du Mahdi (as) ? Allons plus loin : quelle est notre responsabilité vis-à-vis de ce gouvernement ? Comment allons-nous ou pourrons-nous contribuer si Dieu nous donne l’opportunité de vivre cet épisode de l’histoire de l’humanité ? Expliquons cela :

· Avons-nous les capacités, les compétences et le savoir-faire pour aider Imam Mahdi (as) à développer un système économique islamique et surtout pour assister le Mahdi (as) dans sa direction ?

· Sommes-nous à même de contribuer au développement, l’expansion et la gestion d’un système politique, social ou même militaire ?

· Avons-nous réfléchis et écrit sur la gouvernance du Mahdi (as), à quoi cette organisation ressemblerait, quels seraient ses fondements, en nous basant sur nos traditions et la Sunna de nos Saint Massoumines (as) ?

Il y a une certitude : ceux qui seront parmi les 313 seront ces penseurs et ces hommes d’action qui vont très activement contribuer à mettre en place et à aider le Mahdi dans sa tâche. Le 6e Imam (as) a dit : « celui qui travaille à l’établissement du gouvernement du Mahdi sera élevé à un statut comparable à celui des martyrs tombés aux côtés du Saint Prophète (saww). » Sans aller jusque-là, rappelons que le fait de contribuer et de travailler pour le 12e Imam (as), notamment en contribuant à mettre en place les conditions de sa parousie, apportera le statut de shahid à celui qui s’engage sur cette voie. Ce qui est essentiel c’est un avenir où le respect de l’être humain, de la religion, la garantie des droits de chacun, la protection des orphelins et le refus de l’oppression d’enfants comme ce fut le cas de bibi Sakina (ahs) à Karbala ne soient plus que des mots, mais se traduisent par des actes et une éthique de vie concrète.

Il ne reste plus qu’à chacun de choisir son camp…

Réalisé par l’équipe de http://misbah.fr

[1] – Ce Hadîth est rapporté par Cheikh al-Çadûq dans “Kamâl al-Dîn”, et adopté comme référence par Al-Juwanî al-Châfi’î dans “Farâ’id al-Samtayn” et par Al-Qandûzî al-Hanafî dans “Yanâbî’ al-Mawaddah”.
[2] – Sourate 7 al-Araf – Versets 16 et 17
[3] – Sourate 114 an-Naas – Versets 3 et 4
[4] – « Mu’jam Rijâl al-Hadîth », hadith 14, p. 206 ; « Mustadrak Safînat al-Bihâr », tome 2, p. 147
[5] – Dala’il al-Imamah, p. 320 ; Al-Muhajjah, p. 46
[6] – Verset 246 de la Sourate 2 al-Baqarah
[7] – Verset 247 de la Sourate 2 al-Baqarah
[8] – Verset 33 de la Sourate 3 Ale Imran
[9] – Verset 249 de la Sourate 2 al-Baqarah
[10] – Mishkat Sharif p. 572 ou encore Ibn Sa’d in Tabaqat dans Usudul Ghabah ou Umar Kashi dans Rijal ou Shaykh Mufid dans Ikhtisas ou Shaykh Saduq dans Uyun Akhbar al-Reza
[11] – Verset 9 à 13 de la Sourate 8 al-Anfal
[12] – Verset 1 à 5 de la Sourate 96 al-A’laq
[13] – Verset 36 à 38 de la Sourate 15 al-Hijr
[14] – Verset 30 de la Sourate 5 al-Maeda
[15] – Verset 53 de la Sourate 12 Youssouf
[16] – Verset 2 et 3 de la Sourate 75 al-Qiyama
[17] – Verset 27 et 30 de la Sourate 89 al-Fajr

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Orateur

Date

28 mai 2020