Cheick Yassir Alidina, séminaire avec les professeurs de Madressa, nuit du 20 Ramadhan 1447, lundi 09 mars 2026

Tout d’abord, j’aimerais préciser que je ne suis pas expert en tant que professeur de Madressa mais je vais me baser sur mon expérience des dars avec les jeunes, des crash courses etc. pour essayer de vous guider.
J’essaye de partager des principes de tarbiyah dans les dars et ce que je vais vous dire aujourd’hui est un morceau du grand puzzle que je veux créer. L’idée est de comprendre certains principes de comportement et d’akhlaq et essayer de pratiquer cela. Je n’ai personnellement pas de formation en pédagogie.

Il est important que nous comprenions les besoins et les capacités de la personne qui se trouve en face de nous. Par exemple, un enfant de 3-4 ans aura des besoins et des capacités spécifiques. Je dois m’interroger : est-ce que la capacité d’un enfant de 3-4 ans est telle qu’il peut s’asseoir et écouter un cours pendant 10 minutes ? Est-ce qu’il a la capacité d’être exposé à des concepts abstraits tel que Dieu ou les anges ? Il faut éviter de développer ces concepts abstraits en détail car le aql ne fonctionne pas et ces enfants sont davantage tournés vers les émotions. Parler de concepts abstraits requiert le aql.

Si je travaille avec des jeunes de 12-13 ans, je dois réaliser que c’est un âge où l’on vit des crises émotionnelles comme nous avons vu durant le dars sur les jeunes. Les principes généraux de tarbiyah consistent au fait que nous devons comprendre la nature de l’être humain à cet âge. Quels sont leurs besoins émotionnels, physiques, leurs besoins en matière d’éducation etc. Les petits ont besoin de bouger, courir, grimper, sauter, rouler et dégager leur énergie. En plus de cela, ils aiment jouer à des petits jouets, faire du coloriage, des activités manuelles etc. Je trouve que Montessori est plutôt limité car les enfants ont des petits jouets, du coloriage, des activités manuelles mais n’ont pas beaucoup d’activités où ils peuvent dégager leur énergie.

Les akhlaqs islamiques sont importants. Par exemple, il est important de parler à un enfant avec respect, ne pas mentir même en blaguant, respecter ses promesses etc.

Chaque enfant est différent. Chaque enfant est une personne avec une vie, des problèmes, un potentiel spécifiques. Par conséquent, nous ne pouvons pas interagir avec tous les enfants d’une seule façon.

Par exemple, nous pouvons avoir dans notre classe un enfant dont les parents se disputent et sont sur le point de divorcer. Il est complètement perturbé par la situation familiale. Donc, soit il va être complètement timide, il va se renfermer sur lui-même. Il aura peur de dire quelque chose, de participer, de peur d’avoir une mauvaise réponse et d’être jugé. Soit, au contraire, il va être rebelle. Il essayera de gagner l’attention de ses camarades et de ses professeurs. Peut-être que cet enfant subit des violences physiques chez lui. Peut-être qu’il voit un de ses parents frapper l’autre. Il recherche donc de l’amour, de l’attention et il n’est pas du tout intéressé par le cours de akhlaq ou de tarikh par exemple.

Aujourd’hui, il est rare de trouver un jeune équilibré qui ait la tranquillité dans le cœur. Il est important de comprendre les problèmes de nos élèves pour comprendre pourquoi ils agissent ainsi. Comme nous l’avions dit dans le dars sur les jeunes, un jeune de 12 ans par exemple est en plein développement. Il voit apparaître des désirs. Il a envie d’indépendance.

Un professeur demande à propos de l’observation à mettre dans le bulletin dans le cas d’un enfant qui a des problèmes et a donc un comportement qui n’est pas de sa faute. Comment ne pas être injuste envers les autres enfants et en même temps prendre en considération son problème.
Réponse de Cheick : Parfois, nous devons prendre le rôle du parent. Nous devons être conscients que nous devons être responsables devant Allah (swt) et que quelque part, nous devons être le représentant d’Allah (swt) et le modèle pour cet enfant. Il est très important de s’assurer que l’enfant continue d’avoir envie d’essayer, d’apprendre, qu’il ait une bonne estime de lui. Ainsi, par exemple, s’il y a 4 notations possibles, très bien, bien, moyen, et mauvais ; essayez de choisir uniquement entre les 2 premiers, c-à-d très bien et bien seulement au cas où l’enfant n’a pas acquis ce qu’il fallait acquérir.

Si je critique trop l’enfant, il va arrêter d’essayer et d’apprendre. Il est très important d’avoir de très bonnes interactions avec les élèves en dehors de la classe. Emmenez vos élèves manger une glace ou jouez avec eux en dehors des cours.

Question : Comment gérer une classe de 20 jeunes dans laquelle plusieurs jeunes ont des problèmes comportementaux.
Réponse de Cheick : Essayez d’avoir un cours très actif avec beaucoup d’interactions car le monologue va vite distraire ce genre de jeunes. Et si vous vous rendez compte qu’un élève ne suit pas, vous pouvez ramener son attention en disant par exemple : « Fatéma, qu’est-ce que tu en penses ? ». Et si vous voyez que Fatéma ne sait pas quoi répondre, ne l’humiliez pas devant toute la classe, passez à quelqu’un d’autre. Essayez également d’introduire beaucoup d’activités et de jeux dans votre classe. Par exemple, pour expliquer les difficultés de la vie, vous pouvez prendre des balles de différentes tailles, de différentes matières et jouer avec les balles avec les élèves. Vous pouvez dire aux élèves d’attraper les balles quand ils sont de face, ou de leur dire de tourner le dos et vous leur lancez les balles etc. Et après cela, vous pouvez faire un bilan sur le fait que quand nous faisons face à des difficultés, c’est plus facile à gérer tandis que si nous tournons le dos aux difficultés, elles vont nous frapper, ce sera plus difficile. Le fait d’avoir emmené des balles de taille et de texture différentes nous permet également de faire allusion au fait qu’il y a toutes sortes de difficultés dans la vie. Si vous partagez vos idées avec vos collègues, vous pourrez aller plus loin et réussir à avoir de meilleurs cours. Chez les jeunes, vous pouvez également faire des débats. Par exemple, le débat peut être les garçons et les filles peuvent-ils être amis ? Vous constituez 2 groupes. Un qui sera pour, un qui sera contre. Et chaque groupe aura 10 minutes pour préparer ses arguments. Ensuite, le débat aura lieu et en tant que professeur, vous n’aurez qu’à animer le débat. Les jeunes seront tellement concentrés dans ce débat qu’ils auront envie de rester 5 minutes de plus pour terminer leurs arguments etc. Alors qu’au cours précédent, ils avaient envie de quitter la classe 10 minutes plus tôt ! Une autre chose qui fonctionne bien, c’est la chasse au trésor.

Question : Certains jeunes viennent en classe parce que leurs parents les y obligent et ils viennent pour déranger ou dormir ou ils se mettent dans un coin ou alors ils perturbent les autres.
Réponse : Si un enfant est forcé de venir et qu’il n’est pas intéressé par le cours, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Ce serait bien d’avoir une cellule spéciale, un groupe de professeurs qui s’occuperaient d’enseigner et d’accompagner les élèves spécifiques qui peuvent difficilement intégrer une classe de 15-20 élèves.

Vous vous rappelez que nous avons parlé de discipline lors du dars sur les jeunes. Vous pourriez parler en privé à un élève perturbateur et lui dire par exemple : « Je comprends que tu ne sois pas trop intéressé mais tes amis ont envie de suivre le cours, ils sont dérangés et moi-même je dois enseigner ; je viens ici, je me sacrifie pour enseigner. » Essayez de le prendre à part à plusieurs reprises et si vous voyez que la situation ne s’améliore pas, dites-lui quelque chose comme : « Je n’ai pas envie de prévenir la direction. Je n’ai pas envie d’avertir tes parents. Je vois qu’il n’y a pas d’amélioration dans ton comportement. » Et commencez à lui parler des conséquences, c-à-d commencez à lui dire : « Alors, qu’est-ce que tu penses ? Comment est-ce qu’on devrait résoudre cela ? ». Discutez avec lui des conséquences qu’il aura s’il ne se comporte pas correctement.

Essayez de créer des projets avec vos élèves comme par exemple un mawqib lors des shahadat dans lequel les élèves serviraient des boissons qu’ils apporteraient eux-mêmes, qu’ils confectionneraient eux-mêmes, qu’ils serviraient aux gens.

Quand nous avions fait le programme du Crash Course à la Plaine des Palmistes en octobre, nous avions organisé un barbecue un soir, et nous avions demandé aux jeunes de préparer ce barbecue. Nous leur avons donné les consignes. Nous avons expliqué comment il fallait faire un feu, puis nous les avons laissé faire. Il est vrai que comme c’était leur première fois, ils ont pris un peu plus de temps que si nous l’avions fait nous-mêmes. C’est vrai que cela nous a retardé un petit peu mais ils étaient tellement contents et fiers d’avoir réalisé leur propre feu pour le barbecue.

Vous pourriez, par exemple, réaliser une compétition de desserts avec une classe qui entre en compétition avec une autre classe et les critères devraient être votés par les classes elles-mêmes. Le jury serait une classe tierce. Et puis, vous pourriez aller plus loin et dire : « Si l’être humain était un dessert, alors comment est-ce qu’on l’aurait évalué ? »

Vous pourriez mettre en place un stand avec une possibilité d’essayer différents types de hijabs. Et vous pourriez inviter des personnes qui ne portent pas le hijab. Vous pourriez proposer des tutoriels sur la façon de porter tel ou tel hijab etc. Et vous pourriez en profiter pour enseigner les lois du hijab…le hijab deviendrait, ici, un amusement plutôt qu’une contrainte.

Parlons de la récitation du Qour’an. Si un enfant fait des erreurs et que nous l’arrêtons à chaque fois, il va se décourager et il va arrêter d’essayer. Le problème que l’enfant a c’est qu’il n’a pas de pratique. Plus il va lire et mieux il va lire. Par contre, si vous voyez qu’il fait la même erreur plusieurs fois, à ce moment-là, vous le corrigez. Mais donnez-lui du temps pour s’améliorer. Pour le Qour’an par exemple, vous pourriez créer des petites vidéos pour les enfants de 5-6 ans avec des petites blagues, des petites histoires, récitation d’une petite Sourate etc. pour apprendre en s’amusant.

Compte-rendu réalisé par l’équipe Shia974 ✨