Sayed Ali Qazwini, le Diable en quarantaine, 1er Ramadhan 1447, 19 février 2027

Andreas Christopherus était un jeune homme vivant au Royaume-Uni. Au vu de sa situation, on pouvait dire qu’il était un homme ordinaire. Il était jeune et s’était marié récemment. Il avait un magnifique petit garçon de trois ans. Il vivait ce qu’on pourrait appeler le « rêve britannique ».
Un jour, alors qu’il est assis chez lui, à une heure tout à fait inhabituelle, quelqu’un frappe à la porte. Comme il n’attend personne, il se lève, va ouvrir et se retrouve face à une attaque à l’acide brûlant. Il doit immédiatement être transféré vers l’hôpital de traumatologie le plus proche et, après des jours de soins intensifs, il se retrouve avec 95 % de son visage recouvert de tissus cicatriciels.
Que s’est-il passé ? Le coupable, l’antagoniste de cette histoire, avait un différend personnel avec l’un des voisins d’Andreas. Il a donc décidé de se faire justice lui-même. Il a préparé de l’acide chez lui, dans son propre laboratoire domestique, puis il a conduit pendant plus d’une heure et demie pour commettre son crime. Mais au dernier moment, il s’est trompé d’adresse. Il a jeté l’acide brûlant sur le voisin de l’homme qu’il visait.
Ce pauvre homme, qui vivait simplement sa vie, faisant de son mieux, luttant comme vous et moi, ouvre sa porte un jour et sa vie bascule. Il passe désormais la majeure partie de son temps en traitement. Et le traitement pour une attaque à l’acide dévastatrice est tout aussi douloureux que l’attaque elle-même.

Dans une interview accordée à la BBC, il mentionne que l’attaque a été extrêmement douloureuse. Imaginez sentir littéralement votre peau brûler et tomber. Vous pouvez chercher son nom et regarder ses photos ; celles que vous trouverez en ligne ont été prises après le traitement, après tout ce que la médecine a pu faire pour l’aider. Et même là, vous verrez que sa peau s’affaisse et pèle littéralement de son visage.
Il explique que le traitement était atroce. La personne qui l’interviewait lui a demandé : « Le traitement a-t-il été la pire chose que vous ayez endurée ? » Il a répondu : « Non. Même si l’attaque a été terrible et le traitement bien pire, ce n’est pas la partie la plus difficile. » L’interviewer a insisté : « Quelle a été la pire expérience alors ? Est-ce le fait d’avoir perdu votre anonymat ? »
En effet, lorsqu’Andreas se déplace, il n’est plus le vieil Andreas qui peut se fondre dans la masse. Désormais, les enfants le fixent du regard. Il n’a plus un visage normal, et ce n’est pas de sa faute. Certes, son agresseur a été condamné à 14 ans de prison, mais sa vie d’avant reviendra-t-elle ? Il répond : « Non. Bien que j’aime me fondre dans la foule et faire mes affaires sans que les gens me dévisagent, ce n’est pas là le pire aspect de cette épreuve. »
On lui demande alors : « Est-ce le fait que votre vie de famille soit affectée ? Votre femme doit maintenant gérer cette situation alors qu’elle n’y est pour rien. » Il répond : « Non. Dieu merci, j’ai une femme très aimante et compréhensive. Nous sommes toujours ensemble, elle a été à mes côtés dans les bons comme dans les mauvais moments. Ce n’est pas non plus le pire. »
L’interviewer finit par demander : « Très bien Andreas, quelle a été la pire chose durant ces derniers mois ? » Il le regarde et répond : « Mes paupières. » L’autre, confus, demande : « Vos paupières ? Quel rapport ? »
Andreas répond : « Écoutez, vous avez des paupières depuis la naissance. Vous ignorez le privilège d’en avoir. Lors de l’attaque, mes paupières ont brûlé. Je n’ai plus de paupières. Je ne peux plus fermer les yeux. » L’interviewer demande : « Je comprends, mais pourquoi est-ce la pire partie de votre calvaire ? »
Il explique : « Chaque fois que je sors de chez moi, que j’entre dans une pièce, que quelqu’un allume la lumière, la moindre fluctuation, même la plus simple, me brûle les yeux. Je n’avais jamais remarqué cela auparavant. » Quand vous êtes en bonne santé et que vous avez des paupières normales, toutes ces variations de lumière qui seraient gênantes pour vos yeux sont gérées automatiquement par vos paupières, sans même que vous vous en rendiez compte.
Mais pour Andreas, elles ont disparu. Il ressent une douleur insupportable chaque fois que la lumière change. Il dit que cela arrive des milliers de fois par jour, sans aucun moyen de l’arrêter. Porter des lunettes de soleil n’aide qu’un peu. Il affirme que cela a été l’aspect le plus atroce de son parcours.
Et pourtant, il ajoute : « Je n’ai jamais été aussi reconnaissant qu’aujourd’hui. Malgré mes terribles souffrances, j’ai réalisé que j’avais été doté de tant de bénédictions. »

Mes chers frères et sœurs, nous avons tant de bienfaits pour lesquels remercier Allah le Tout-Puissant. Mais vous est-il déjà venu à l’esprit de Le remercier pour vos paupières ? Parfois, nous mentionnons le don de la vue, le fait de pouvoir voir et apprécier les merveilles de l’univers. Mais avez-vous déjà pensé à remercier Allah pour vos paupières ?
L’un des plus grands bienfaits qu’Allah nous a donnés est ce mois béni de Ramadhan. C’est un mois durant lequel les anges sont attirés par des assemblées comme celle-ci. C’est un mois où la miséricorde d’Allah est infinie et sans limites. Il existe deux manières spécifiques par lesquelles Allah étend Sa miséricorde sur Ses serviteurs durant ce mois.

La première provient d’un hadith de l’Imam Sadiq (a) dans lequel il est dit : « Quiconque dit « SoubhanAllahi wa bi hamdih » et « SoubhanAllahil azimi wa bi hamdih » verra Allah inscrire pour lui 3000 récompenses, effacer de son registre 3000 péchés et l’élever de 3000 rangs. » Le Ramadhan est le mois du dhikr (Rappel d’Allah). Chaque dhikr (invocation) que vous faites accumule des montagnes de récompenses et efface des piles de péchés.
Vos nuits et vos jours sont sacrés ; même votre respiration durant la journée est comptée comme un acte d’adoration si vous jeûnez. Lorsque vous dormez la nuit, votre sommeil compte également car vous économisez votre énergie pour jeûner et faire le dhikr le lendemain. Chaque moment passé compte comme une adoration pendant le Ramadhan.

La seconde manière dont Allah a étendu Sa grâce divine et Sa miséricorde est que l’ennemi juré d’Allah, Shaytan, est enchaîné durant ce mois saint…
Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Shaytan est-il réellement inoffensif ? Est-il vraiment enchaîné ? Est-il dans une sorte de prison de style Abou Ghraib en attendant d’être libéré après l’Aïd ? Que signifient exactement les hadiths que nous possédons à ce sujet ?
L’être humain a deux ennemis. Nous avons d’un côté Satan (Shaytan), l’ennemi éternel de l’humanité, et de l’autre, nous avons le nafs, l’ego. Le système de l’« axe du mal », si l’on peut l’appeler ainsi, fonctionne de la manière suivante : Shaytan sait que face à un croyant, il n’est pas assez fort pour le vaincre et l’égarer seul. Alors, que fait-il ? Il s’associe au nafs, à l’ego, pour vous faire tomber.
Dans un hadith de l’Imam Sadiq (a), il est dit que regarder ce qu’Allah ne vous a pas permis de regarder est une flèche provenant du diable. Allah le Très-Haut nous a dotés de désirs (shahwah), d’intellect (aql) et d’un ego (le nafs). Parfois, le nafs est dormant ; il possède ces désirs, mais ils sont au repos. Shaytan arrive alors et commence à instiguer. Sa méthode d’instigation passe par les murmures (waswas). Il murmure, il excite le nafs, et tous deux s’allient contre vous pour vous guider vers le péché.
L’objectif de Shaytan, depuis qu’il a été expulsé du Paradis, est d’égarer chacun d’entre nous. Mais il ne peut pas le faire seul. Il doit faire équipe avec le nafs. Bien qu’il n’ait pas de contrôle direct, ses murmures sont puissants. C’est pourquoi nous lisons dans le Saint Qour’an qu’Allah ordonne au Prophète (même au Prophète qui est pourtant un homme au caractère exemplaire et à la plus grande piété) de chercher refuge auprès d’Allah contre le diable.

Qu’en est-il de nous ? Certes, il ne peut exercer de contrôle direct sur nous, mais ces murmures dans les recoins les plus profonds de nos cœurs sont très puissants. Durant le mois de Ramadhan, un hadith de notre Saint Prophète (s) stipule que pour chacun de ces démons, Allah a envoyé sept anges pour les garder, afin qu’ils ne puissent pas circuler pour murmurer et égarer les fils d’Adam. C’est l’un des privilèges du mois de Ramadhan.
Mais une question se pose : si tel est le cas, si Shaytan est enfermé, pourquoi voyons-nous encore tant de gens continuer à commettre des péchés ? Pourquoi la Terre ne devient-elle pas une utopie du 1er au 30 Ramadhan ? Pourquoi les péchés des croyants ne cessent-ils pas totalement durant ce mois ?

Premièrement, nous devons comprendre les tactiques de Satan. Le pouvoir le plus puissant, et le seul qu’il possède, est ce murmure. Shaytan n’a pas l’autorité ni le pouvoir, accordés par Allah, de prendre le contrôle sur nous.
On raconte l’histoire d’un frère récemment marié. Sa conjointe et sa belle-famille pensaient qu’il était un homme bien après avoir fait leurs recherches. Mais juste après le mariage, ils ont commencé à remarquer des choses étranges. Il n’avait pas toujours le meilleur comportement à la maison et ne traitait pas toujours bien sa femme. Plus tard, ils ont remarqué qu’il disparaissait la nuit. En le suivant, ils ont découvert qu’il passait ses nuits dans une boîte de nuit locale. Lorsqu’ils l’ont confronté en lui demandant ce qu’il faisait, il s’est excusé en disant : « C’est Shaytan qui a pris le dessus sur moi, il a pris mon contrôle. » Il s’est repenti publiquement devant la famille, mais la semaine suivante, on l’a retrouvé au même endroit. Il s’est exclamé encore : « C’est Shaytan, je n’ai pas pu résister ! »
Oui, Shaytan peut murmurer, il peut placer ces mauvaises pensées dans votre cœur, mais il ne peut pas vous contrôler. Allah ne lui a pas donné cette autorité. Que dit Shaytan lui-même dans le Saint Qour’an ? Une fois que cette vie d’ici-bas sera terminée et que nous passerons l’épreuve finale, il regardera tous ceux qu’il a égarés et dira : « Je n’avais aucun pouvoir sur vous. La seule chose que je pouvais faire était de vous inviter. Je vous ai invités au mal, et vous avez répondu. Je vous ai invités à ma cause et vous avez accepté. Ne me blâmez pas. Vous ne pouvez pas dire à Allah que je vous ai forcés, je ne l’ai pas fait. Vous ne devez vous en prendre qu’à vous-mêmes. » Telles sont les paroles de Satan au Jour du Jugement.

C’est donc le seul pouvoir qu’il possède, et selon certains récits, il en est empêché durant le mois de Ramadhan. Alors pourquoi voit-on encore des péchés ? Une opinion parmi certains savants est que ces récits ne parlent pas de tous les démons. Selon un récit, Allah (swt) ordonne à l’archange Gabriel de descendre sur terre pour enchaîner les mains des Marada, les démons les plus rebelles, afin qu’ils ne provoquent pas le chaos chez les croyants qui jeûnent. Certains savants disent que le terme utilisé ne désigne pas tous les démons. Il existe des catégories. Les Marada sont les hauts gradés, les généraux. Les « subalternes », les démons de premier niveau, ne sont pas forcément enchaînés. Ils sont toujours là. Mais les plus puissants, eux, sont enchaînés. Par conséquent, vous remarquerez que le désir d’aller vers le mal est moindre, mais il existe toujours à cause de ces autres types de démons.

Une autre opinion provient de l’éminent Cheick as-Sadouq qui rapporte le hadith d’un de nos Ma’ssoumines. L’Imam (a) demande à ses compagnons : « Voulez-vous que je vous informe de quelque chose qui, si vous le suivez, éloignera Satan de vous ? » Ils répondent : « Oui, bien sûr ! Qu’est-ce donc qui éloignera Shaytan de nous autant que l’Orient est éloigné de l’Occident ? » L’Imam (a) a répondu : « Le jeûne. » Certains savants se sont appuyés sur cela pour expliquer que l’autre récit, affirmant que les démons sont totalement enchaînés, ne concerne en réalité que ceux qui jeûnent. Si vous voulez bénéficier de ce privilège divin et mettre de la distance entre vous et le diable, vous devez vous engager dans le jeûne. Si vous êtes constants dans votre jeûne, les démons resteront loin de vous.
Car le véritable jeûne ne consiste pas seulement à priver l’estomac de nourriture ; cela n’en est qu’une partie. C’est aussi le jeûne de la langue, en faisant attention à ce que vous dites. En effet, nous pouvons parfois dire des choses qui invalident notre jeûne. Par exemple, attribuer des propos mensongers à Allah, à Son Prophète ou aux Imams invalidera votre prière et votre jeûne. Il existe également le jeûne du cœur et le jeûne des yeux. Si vous pratiquez le jeûne dans sa plénitude, alors oui, ce privilège d’être éloigné des démons s’appliquera.

Un autre groupe de savants explique que, qu’il s’agisse de tous les démons ou seulement de certains, nous voyons toujours des gens commettre des péchés. Cela est dû en partie, comme mentionné plus tôt, au fait que le diable s’allie avec l’ego, avec le soi, pour vous mener vers le mal. Chaque être humain possède deux réservoirs : un potentiel de positivité qui vous guide vers le bien, mais aussi, dans ses recoins les plus profonds, un réservoir de négativité qui vous pousse vers le mal. Ce dernier existe toujours pendant le Ramadhan et continue de vous influencer. Vous devez y résister. Le jeûne, la prière et les nuits passées en adoration vous aident à résister à votre propre ego.

Enfin, certains savants avancent une autre raison : même si nous acceptons l’idée que les démons partisans de Satan sont enchaînés, il existe un autre groupe de démons qui ne l’est pas : les démons humains. Y a-t-il une référence à cela dans le Saint Qour’an ? Oui, Allah déclare que chaque Prophète a eu des ennemis : des démons parmi les djinns, comme Satan lui-même et ses partisans, mais aussi des démons de type humain. Ces derniers continuent d’exister et de circuler. Vous en rencontrerez peut-être à votre travail, parmi vos collègues.

Quoi qu’il en soit, ce mois est véritablement béni. Un récit attribué au Prophète dit qu’Allah, dans Sa miséricorde infinie, lorsqu’on a l’intention de commettre un péché, ordonne aux anges : « Attendez, ne l’inscrivez pas encore. Attendez que la personne commette réellement l’acte. » Une fois le péché commis, Il leur dit : « Attendez encore. Donnez-lui sept heures. » Si la personne se repent dans cet intervalle, le péché ne sera même pas marqué. Il y a une grande différence entre avoir un péché inscrit puis effacé, et ne pas l’avoir inscrit du tout.

En ce qui concerne les bonnes actions, Allah dit aux anges : « Dès que vous voyez Mon serviteur prendre la décision sincère et honnête de faire le bien, inscrivez-le dans son registre avant même qu’il ne l’ait accompli. » Et s’il ne parvient pas à le faire parce que la situation l’en empêche, il reçoit tout de même sa récompense. Si l’action est accomplie, la récompense est multipliée par 70, voire par 700.
Le Prophète (s) poursuit en disant : « Sauf pour la patience. » Pour la patience, la règle change. Ce n’est plus multiplié par 70 ou 700. Allah (swt) dit aux anges : « Écoutez, la récompense de la patience est si immense que vous ne pouvez pas la gérer. Laissez-Moi faire. » Allah distribuera Lui-même personnellement les récompenses de la patience. Même les anges, malgré leur puissance, ne peuvent consigner la récompense de la patience ; seul Allah le peut. Or, l’une des applications concrètes de la patience est le jeûne, car il demande de la patience pour résister aux signaux biologiques de faim et de soif de votre corps.

Deuxièmement, nous avons un hadith de l’Imam Ali (a) qui déclare que lorsque vous êtes épuisés, rentrant du travail ou d’une longue journée d’études, et que vous vous apprêtez à savourer ce magnifique iftar, le dou’a que vous faites après avoir mangé ne sera pas rejeté. Faites n’importe quelle invocation. Priez pour votre au-delà, pour vos parents, pour vos enfants. Priez pour les musulmans à travers le monde qui n’ont pas la chance d’être dans une position aussi privilégiée que la nôtre.

Je conclurai avec ce hadith : Rassouloullah (s) dit que lorsque vous êtes certains que le Ramadhan est arrivé, jeûnez comme si vous étiez convaincus, au fond de vous, que c’est votre dernier mois de jeûne. Comme si c’était la dernière fois que ce privilège vous était accordé. Combien de personnes, exactement comme vous l’année dernière, jeûnaient et rompaient le jeûne à la même table, mais se trouvent aujourd’hui dans la solitude de leur tombe ? Cela n’arrivera peut-être pas ce soir, ni demain, ni ce Ramadhan-ci, mais ce jour viendra inévitablement pour chacun d’entre nous.

Soyez reconnaissants du privilège d’avoir été choisis par Allah pour avoir l’opportunité de jeûner ce Ramadhan, de prier pour vous-mêmes et vos proches chaque nuit après la rupture du jeûne, et de passer vos nuits à rechercher le pardon d’Allah.

Source : https://www.youtube.com/live/7aqp2qosyYw
Traduit par l’équipe Shia974 ✨

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16 mars 2026