Cheick Yassir Alidina, conférence « Décoder et guider nos jeunes », dimanche 01 mars 2026, 12 Ramadhan 1447

Il y a quelques mois, en octobre, j’ai fait une conférence sur le tarbiyah des enfants, principalement des enfants de moins de 7 ans et un peu à propos des enfants de moins de 14 ans et j’ai eu beaucoup de demandes concernant les adolescents car l’adolescence est une période difficile pour les jeunes et pour les parents et souvent source de conflits. Cette conférence a donc pour but d’accompagner les parents mais aussi ceux qui travaillent avec les jeunes, les mentors etc. Ce sujet est très important mais on le néglige beaucoup. On n’en parle pas souvent.

Mon but est de donner quelques points pratiques mais il n’est pas possible de traiter ce sujet en profondeur en un laps de temps réduit. Tout d’abord, il est important de comprendre les caractéristiques principales des jeunes : explosion des sentiments et des émotions, beaucoup de talents, un sentiment d’injustice, un stade entre l’enfance et l’âge adulte, beaucoup de changements, quête d’identité etc.

C’est très important de comprendre la personne qui se trouve devant nous pour savoir comment réagir. Par exemple, si je ne comprends pas ce qu’est un ordinateur portable et que je l’utilise en tant que plateau pour servir le thé aux gens, vous allez me dire que j’ai fait zoulm sur cet ordinateur portable car il a beaucoup de talents. Il peut m’aider à faire beaucoup de choses mais je l’ai utilisé comme un simple plateau. Et si le thé se renverse sur cet ordinateur portable, cela peut faire beaucoup de dégâts.

Donc en ce qui concerne les caractéristiques importantes des jeunes, c’est une période durant laquelle il y a un grand potentiel qui commence à se réveiller, les jeunes désirent devenir indépendants. Prenons l’exemple de Hazrat Ali Akbar qui est un exemple pour nos jeunes. Il a dit à Imam Houssayn (a) : « Est-ce que nous ne sommes pas sur la voie de la vérité ? ». Et quand Imam Houssayn (a) a répondu : « Si, nous sommes sur la voie de la vérité ». À ce moment-là, Hazrat Ali Akbar a dit : « Mais dans ce cas, peu importe si nous devons mourir ! ». Vous allez me dire que Hazrat Ali Akbar était le fils d’Imam Houssayn (a) mais nous connaissons dans l’histoire des personnes qui étaient pieuses et dont les enfants étaient égarés. Imam Houssayn (a) nous a appris comment faire le tarbiyah de nos enfants. Rappelons-nous Janabé Qassim qui a déclaré : « La mort est, pour moi, aussi douce que le miel ».

Les jeunes ont besoin d’indépendance, ils ont envie de prendre des décisions. Ils s’entraînent à devenir un(e) père/mère de famille. Ils veulent être vus et connus. Ils veulent être aimés. Ils peuvent faire face à des crises. Leurs hormones provoquent un changement d’humeur et des changements d’émotion. Et nous sommes en train de parler ici de jeunes de 12-13 ans jusqu’à 19-20ans. Alors, toutes ces transformations dans leurs corps sont nouvelles et les jeunes ne savent pas comment gérer ; ça leur fait peur. Les désirs physiques se développent. En tant que musulmans, il faut les contrôler.

Par exemple, ma fille me crie dessus car elle des émotions nouvelles qu’elle ne sait pas comment gérer. Je dois faire preuve d’empathie et me rendre compte qu’elle a besoin d’aide et que ce qui lui arrive n’est pas forcément de sa faute.

J’aimerais vous raconter l’anecdote d’un enfant qui est parti jouer dehors et qui est revenu avec une pomme. Son grand frère, qui a le rôle du père, lui demande qui lui a donné cette pomme. Mais comme il a très peur, il dit qu’il l’a pris sur un pommier. Le frère le prend alors par les oreilles et lui fait faire le tour du quartier en lui demandant de lui montrer l’arbre où il a pris cette pomme. Dans la vérité, cet enfant a reçu la pomme de la part de quelqu’un, il est donc incapable de montrer le pommier. Ce n’est pas correct de faire cela parce que l’enfant va développer beaucoup d’angoisse dans la vie ; il va avoir un manque d’estime de soi et n’aura pas le courage de prendre des risques.

Alors, comment traiter avec les jeunes ?
Quand nous avons parlé du tarbiyah des enfants, nous avons parlé des 3 besoins fondamentaux : besoin d’amour, besoin de respect et besoin de sécurité. Et ce sont les besoins émotionnels de tout être humain. Si l’enfant se sent en sécurité, il aura le courage d’essayer. Le jeune a besoin de stabilité émotionnelle dans la maison. Par exemple, les parents ne devraient pas se disputer devant les enfants. Nous devrions rester calmes avec les enfants et ne pas nous fâcher. Donc il est important d’aider les jeunes à avoir autant de stabilité mentale que possible et répondre à leurs besoins émotionnels.

Il est important de ne pas donner des rappels et critiques très souvent (taghaafoul). Ne soulignez pas les mêmes problèmes, surtout les problèmes corporels. Limitez le rappel à ce qui est obligatoire ou interdit.

Comment discipliner un jeune ? Nous devons enseigner mais pas rappeler à chaque fois que le jeune fait une erreur. Nous devrions enseigner aux jeunes puis faire un petit rappel de temps en temps quand il y a besoin, quand nous voyons que le jeune a oublié.

Personnellement, je pratique cela sur les jeunes depuis 10 ans. Ma fille aînée a un peu moins de 9 ans et nous essayons de l’inviter à prier. Par exemple, nous lui disons : « Allons faire namaz tous ensemble ». Souvent, je dis à l’un de mes enfants s’il veut bien réciter l’adhan le temps que je vais faire le woudhou. Quand je reviens après avoir fait mon woudhou, souvent, je vois que les enfants sont en train de jouer. Je glisse un petit rappel comme « Voilà, j’ai fini mon woudhou ! Je vais maintenant commencer mon namaz ! ». C’est une façon indirecte de rappeler mais parfois, il peut arriver que ma fille n’ait toujours pas bougé et continue de jouer. Après avoir fait mon namaz, je me rends compte qu’elle est frustrée, qu’elle n’a pas aimé quelque chose que son frère lui a dit par exemple. Après un peu de discussion, de blagues etc., elle se sent mieux et sans qu’on lui dise quoique ce soit, on voit qu’elle va faire son woudhou et son namaz.

Le problème c’est que quand nous voyons que notre stratégie ne marche pas, nous avons tendance à menacer, à punir etc. mais notre stratégie ne va pas marcher. La discipline est très importante mais il y a une façon de faire. C’est important que le jeune prenne soin de lui, qu’il gère son temps, qu’il gère ses affaires. Nous voulons que la discipline apporte un peu d’ordre dans la vie de notre jeune. Nous voulons qu’il apprenne à subir les conséquences de ses actions. Mais le jeune est en développement. Maintenant, il a envie d’avoir de la discipline dans la vie. Il a envie d’être organisé dans la vie. C’est la fitrah qui l’emmène vers cela.

Je vous conseille de ne pas avoir trop de règles car plus il y aura de règles et plus il va échouer et plus il va se dire : « Je ne suis pas capable. Je n’arrive pas ». Plus il y aura de règles et plus le jeune sera sous pression. Prenons l’exemple du lavage des mains avant de manger. Nous sommes tous d’accord qu’il est important de se laver les mains avant de manger. Pourquoi ? Parce que si l’enfant ne le fait pas, il risque de tomber malade. Mais si vous en faites tout un plat, ça ne va pas changer grand-chose. Si l’enfant ne voudra pas se laver les mains, alors il ne se lavera pas les mains et vous ne pourrez rien y faire. Si vous continuez à le lui rappeler, il va s’énerver et il aura encore moins envie de le faire. Ce n’est pas si grave que ça ! Laissez votre enfant subir les conséquences de ses actions. S’il tombe malade, faites-lui un petit rappel une fois qu’il est guéri que s’il est tombé malade c’est parce qu’il a attrapé des microbes et que si on se lave les mains avant de manger, on peut rester loin des microbes. Peut-être qu’il va continuer à ne pas se laver les mains car il va voir qu’il ne s’est pas lavé les mains dix fois d’affilée mais qu’il n’est tombé malade qu’une seule fois. Il aura peut-être besoin de plus d’expérience. Mais il va apprendre au fur et à mesure par lui-même.

Il en est de même pour les wajibat. Si notre enfant fera les wajibat car nous les leur avons imposés, le jour où il aura la possibilité, il ne le fera pas. Par exemple, un jour, s’il va à l’université, s’il a sa propre chambre d’étudiant et qu’il n’y a personne pour regarder qu’il ne fait pas namaz, il ne fera pas namaz et il se dira : « Enfin ! Je suis libre ! ». Pourquoi ? Parce que nous l’avons forcé depuis tout ce temps.

Prenons l’exemple de la console : un des « problèmes », c’est que le jeune veut jouer à sa console 24h sur 24 et bien sûr les parents ne sont pas d’accord. Alors, il est important de fixer des règles avec le jeune, lui dire : « Ecoute, il faut faire d’autres choses dans la journée et on ne peut pas jouer à la console 24h sur 24, tu es bien d’accord ? Et combien de temps tu estimes que tu devrais avoir la possibilité de jouer à ta console ? ». En général, l’enfant va être correct et vous allez tomber d’accord par exemple pour 2h par jour. Voyez avec lui s’il préfère gérer lui-même ce temps ou s’il veut que vous lui rappeliez. Souvent, il voudra gérer par lui-même. Mais c’est la première fois qu’il a cette règle des 2h donc bien sûr, au début, il risque de dépasser. Peut-être qu’il va dépasser de 10 minutes, à ce moment-là, vous pouvez lui rappeler que ça fait déjà 10 minutes. Mais comme c’est le début, il ne va pas réussir à 100%. Il y aura donc, parfois, besoin de lui rappeler. Et si vous voyez que le temps n’est pas respecté, agissez avec calme et respect et essayez de lui dire : « Ecoute, tu avais dit que tu vas gérer ton propre temps mais on voit très bien qu’à chaque fois, ça dépasse. Qu’est-ce qu’on pourrait mettre en place ? Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour apporter une discipline ? » Et demandez-lui quelles conséquences il accepte de subir. Par exemple, la conséquence peut être d’éteindre la console ou de récupérer la console. Une fois que vous vous êtes mis d’accord sur les conséquences et une fois que vous voyez que le temps n’est toujours pas respecté et qu’il y a un dépassement de 10 minutes, faites un petit rappel. Quand il y a un autre dépassement de 10 minutes, dites-lui qu’on avait parlé des conséquences et agissez avec calme et respect en faisant la chose qui était prévue c-à-d éteignez la console ou bien récupérez la console.

Les jeunes apprennent avec le temps à penser et à prendre des décisions de manière autonome. Le grand problème, c’est que nous avons tendance à ne pas donner de responsabilités et de gestion d’auto-discipline à nos jeunes comme dans le cas que j’ai donné concernant la console. Or, les jeunes ont besoin d’expérience dans ce domaine. Ils ont besoin de pouvoir prendre des décisions par eux-mêmes. Ils ont besoin de s’autodiscipliner. Et les deux grandes décisions que les jeunes vont prendre c’est à propos du mariage (qui je vais épouser) et du travail (quel métier je vais faire). Or, quand le jeune n’a pas eu assez d’expérience, d’auto-discipline et de prise de décision, à ce moment-là, quand il prendra ces deux grandes décisions, il pourra se tromper parce qu’il n’a pas l’habitude de décider. Et malheureusement, ce sera trop tard ! Il y aura des conséquences très graves sur sa vie.

Compte-rendu réalisé par l’équipe Shia974 ✨
Retrouvez l’intégralité du dars sur https://www.youtube.com/live/-Rj8l2lMMsI?si=KkTCEJfACKvFxcOY [à partir de 3:08:00]